Archives de catégorie : Techniques

Sérigraphie textile

Artisanat d’art

Cette année, j’ai eu envie de me former davantage à la sérigraphie, sur textile cette fois auprès de Clémence Régnier, après l’avoir déjà expérimentée sur papier chez Antonin + Margaux, puis avec Pierre de l’Atelier Parades.
Le stage a débuté par une présentation des différentes techniques d’impression textile et des familles de fibres. La sérigraphie, apparue entre les deux guerres, reste l’une des plus accessibles pour créer des prototypes ou de petites séries artisanales. Elle se distingue de la sublimation (adaptée aux fibres synthétiques), du flex/floc (plutôt décoratif) et de l’impression numérique (plus écologique en eau, mais coûteuse en entretien). Ce qui m’a particulièrement attirée dans la sérigraphie, c’est justement la possibilité de travailler sur des fibres naturelles et d’obtenir un rendu riche, exigeant et surtout artisanal !

Motifs & couleurs

Pour ce stage, j’ai préparé en amont deux projets distincts.
Pour le motif en une couleur, j’ai dessiné un damier de fleurs, à la main au marqueur fin puis l’ai scanné. Avant l’impression, j’ai préparé ce dessin sur Photoshop : en bitmap (noir et blanc, sortie à 150 dpi) afin d’obtenir des contours nets et exploitables pour l’insolation. J’ai également épaissi certains traits trop fins (< 1 pixel) pour garantir leur passage en impression.

Pour le motif en trois couleurs, j’ai choisi une photo prise au bord de l’océean. Transformée en niveaux de gris sur Photoshop, je l’ai ensuite convertie en trames de demi-teintes. Il faut préparer un calque par couleur rajouter des croix de repère pour pouvoir ensuite bien aligner les typons. Pour ce projet, j’en ai donc créé trois, un pour l’encre rose transparente, un pour l’encre argentée opaque, et un pour la trame en noir. La linéature, qui correspond au nombre de points par pouce, a été définie en fonction de la maille utilisée : pour une maille de 77, j’ai travaillé la trame avec une linéature de 25.

La maille du cadre joue en effet un rôle clé : plus elle est serrée, moins l’encre passe. J’ai utilisé une maille de 54 fils pour le premier motif (idéale pour les aplats), et une maille de 77 pour le second, qui demandait plus de finesse par sa trame. Le prochain sur soie demandera lui une maille de 90, à suivre…

De l’atelier aux objets finis !

Une fois les typons prêts, nous avons insolé les cadres, puis rincé et séché les écrans avant de passer à l’impression textile.

En parallèle, comme des laborantines, nous avons testé nos couleurs au gramme près pour arriver à la couleur souhaitée…

À l’aide d’une raclette, l’encre est déposée à travers la maille, un geste simple en apparence mais qui demande précision et régularité. Après séchage et fixation des couleurs à chaud, les motifs se révèlent dans toute leur intensité.

J’ai ensuite utilisé mes tissus imprimés pour confectionner des coussins 40×40 cm, avec un passepoil argenté. Une belle manière de donner vie à mes motifs et de transformer une expérience d’atelier en objets du quotidien.

Cette nouvelle expérience m’a permis de comprendre encore plus finement les liens entre dessin, technique et matière. La sérigraphie demande de la patience et une préparation minutieuse, mais offre en retour une immense liberté créative et une qualité unique, au croisement de l’art et de l’artisanat !

Lithographie au MAI

Qu’est-ce que la lithographie ?

Inventée en 1796 en Allemagne, cette technique de création et d’impression sur pierre calcaire se base sur la simple répulsion entre l’eau et le gras. Elle n’utilise donc que ce principe chimique, sans gravure en relief ni en creux… Je vous invite à la découvrir au Musée-Atelier de l’Imprimerie de Nantes !

Report de photo, un quick win…

Pour cette première tentative, j’ai d’abord utilisé une de mes photos, imprimée au préalable en N&B sur une imprimante laser (à toner non cuit pour une poudre non fixée). En résumé, voici les étapes :
Enduire la pierre de solvant (screen wash pour sérigraphie) avec un chiffon afin de dépouiller le toner. Puis appliquer la photographie face contre pierre, rajouter un carton pour caler et utiliser la presse pour transférer l’image du papier vers le calcaire.

Laisser sécher 30 minutes afin que le report rentre bien dans la pierre.
Talquer la pierre pour protéger l’image. Ensuite, l’enduire de résine de colophane pour fixer le dessin et d’un mélange de gomme synthétique avec quelques gouttes de vitriol pur. Eponger avec de l’eau pure, sécher et re-talquer.
Enduire à nouveau de gomme d’Acacia diluée à l’eau, puis de bitume de Judée (poudre diluée dans de la térébenthine) pour consolider les noirs. Eponger avec de l’eau pure, sécher puis ré-humidifier. Préparer la couleur souhaitée en mélangeant les couleurs de base pour obtenir la teinte souhaitée – ici la couleur unique du lac d’Annecy – et étaler cette encre grasse sur une plaque en verre avec un rouleau en caoutchouc. Humidifier à nouveau la pierre, enduire d’encre, humidifier puis enduire encore d’encre. Protéger si besoin les bords aigus de la pierre avec des bandelettes de papier pour éviter d’encrer les bords pour avoir une impression bien nette.

Méthode traditionnelle, le must !

Cette fois, on monte d’un cran en difficulté car il s’agit carrément de créer directement sur la pierre calcaire à l’aide d’un médium gras, mais sans possibilité de gommer…
Je me suis donc amusée à redessiner la baie de Talloires avec des crayons litho, plus ou moins gras (comme les crayons à papier qui vont du H « hard » à mine dure au B « bold » ou E « extreme », HB étant l’entre-deux).
Il est également possible de peindre avec une encre noire grasse, que l’on peut alors délayer pour créer des lavis plus ou moins clairs, comme une aquarelle.

S’ensuivent toutes les opérations chimiques de préparation de la pierre comme pour le transfert photographique, avec un moment encore plus surprenant, puisque le dessin est momentanément effacé par l’éponge gorgée d’acide… Il faut alors faire totalement confiance aux experts lithographes, encore merci Noé et Philippe !

La pierre une fois encrée, le dessin réapparait enfin, comme par magie…
Vous l’aurez compris, cette technique offre clairement une plus grande liberté créative et l’on comprend aisément pourquoi elle a vraiment révolutionné l’art de la gravure au 19ème siècle, et encore aujourd’hui !