Susan & Sarah

Quand j’ai démarré ma reconversion, j’ai fait une de ces rencontres magiques dont on ne se rend compte que longtemps plus tard…

Londres me manquait et comme j’avais repéré un salon dédié aux imprimés, j’ai sauté dans l’eurostar pour un weekend entre amies. L’idée était de joindre l’utile à l’agréable et visiter un salon pro pour en savoir un peu plus sur ce métier de designer textile qui m’attirait grandement.

Après quelques réponses plus ou moins désagréables sur les premiers stands, j’ai failli quitter rapidement le lieu assez déçue, au moment où je tombe sur un stand rempli d’échantillons de tissus de styles très variés, présentés pêle-mêle.

Mon amour inconditionnel pour les imprimés m’a stoppé net dans mon élan et j’ai commencé à examiner ces coupons sans faire attention à cette anglaise âgée au style arty qui m’observait gentiment… Celle-ci est finalement venue me parler et j’ai souhaité comprendre ce qu’elle vendait exactement : des motifs ou des tissus ? Elle m’a alors expliqué qu’elle liquidait simplement le stock d’archives de son studio dont le nom ne me disait absolument rien, ce qui l’a amusée…

Elle m’a ensuite demandé si je dessinais aussi et si je voulais lui montrer mes motifs…
C’est ainsi que je me suis retrouvée assise à côté d’elle, de l’autre côté du stand, à lui montrer mes premiers imprimés et à écouter religieusement ses conseils avisés.
Lorsqu’elle s’est arrêté sur un motif en m’indiquant que celui-ci ferait un très joli Liberty, je lui ai répondu que ce serait vraiment mon graal de travailler pour cette institution.

Et là, elle me dit très simplement : tu sais moi je leur en ai vendu plein, vas-y essaie !
D’un coup, je me suis vraiment demandé à qui je parlais à cet instant précis, mais elle n’avait plus de carte de visite et je n’ai pas osé lui redemander son nom…

Quelques années plus tard, je signe un contrat avec l’éditeur américain Michael Miller Fabrics. Et là, je regarde la page de présentation des autres designers… et me retrouve face à la photo de cette charmante anglaise dont je découvre enfin le nom : Sarah Campbell !

Cette fois-ci, je fais quelques recherches et comprends rapidement qui j’ai eu l’immense chance de rencontrer… Sarah avait fondé, avec sa soeur Susan, un studio de design textile « Collier Campbell » mondialement connu, que je devais être plus ou moins la seule à ne pas connaître… Depuis, pour rattraper mes lacunes et concrétiser cette si belle rencontre, je me suis offert le magnifique livre qui commémore les 50 ans de création de Susan et Sarah.
C’est même devenu mon nouveau livre fétiche.

Ce jour-là, j’ai vraiment rencontré une grande dame.
Merci Sarah !